1
Je m’appelle Muhamad El Bachir. Je suis saoudien. Nous sommes le 18 Mars 2209. J’ai 60 ans et je serai mort dans une heure.
Le dernier des El Bachir à avoir eu une vie à peu près normale était le grand-père de mon grand-père. Dans les années 2050, il était gérant d’un petit hôtel de Ryad, à deux pas du palais Sahah Al Hukom. Il travaillait dur mais gagnait suffisamment de quoi nourrir sa famille. Lui est mort normalement, dans son lit, à 78 ans. C’était deux ans avant la révélation.
Le 11 février 2077. C’est cette date qui marqua le « début de la fin ».
2
Sarah Lemoine avait mal dormi. Son sommeil avait été agité et perturbé. Cela faisait d’ailleurs plusieurs jours qu’il en était ainsi. Plus la date qu’elle appréhendait approchait, plus son sommeil perdait en qualité. Il faut dire qu’une lourde responsabilité pèserait sur ses épaules. Au bout de ces nuits de stress et d’inquiétudes, elle en finissait par ne plus savoir si elle devait se réjouir avec fierté des responsabilités qui lui avaient été confiées ou au contraire regretter le temps où seule sa fille occupait son temps et ses pensées.
Sarah était arrivée assez tard sur le marché du travail. Elle était parent divorcé d’une petite fille de cinq ans et avait donc dû se résoudre à quelques chamboulements dans la vie professionnelle qu’elle avait au départ imaginé. Partagée, il y a cinq ans, entre le bonheur de la naissance de son enfant et la douleur de son divorce en instance, elle s’était un temps résolue à se consacrer exclusivement à sa fille mais sa mère avait réussi à la persuader, au bout de quelques temps, de reprendre ses études quand la petite Agathe aurait atteint l’âge d’entrer en crèche.
Le jour J était enfin arrivé et cette jolie jeune femme de 28 ans priait pour que la réunion d’aujourd’hui se passe au mieux, du moins dans sa forme. Sa carrière future en dépendrait. Elle se versa deux fois plus de café que d’habitude, la journée allait être longue, songea-t-elle.
3
L’avion privé qui transportait Conrad Calderon était en approche de l’aéroport du Bourget. La tour de contrôle lui avait donné autorisation d’atterrir sur la piste 4. Il y serait d’ici quelques minutes.
Ces dernières années, l’aéroport du Bourget avait considérablement accru son activité et une quatrième piste avait été inaugurée en 2065. Loin du temps où Lindbergh y posait en 1927 son Spirit of St Louis après sa fabuleuse traversée de l’atlantique, l’aéroport accueillait désormais près de 250.000 passagers par an.
Le Falcon de Conrad Calderon venait d’atterrir en provenance de Vienne. Descendant de l’avion, un simple attaché case à la main, il s’engouffra dans la grosse berline aux vitres fumées qui l’attendait sur le tarmac. L’air grave et concentré, il n’avait ni l’envie ni le besoin d’adresser le moindre mot au chauffeur qui connaissait de toute façon la destination de son passager. Quittant l’aéroport, la voiture s’engagea sur l’autoroute A86. Le chauffeur écrasa l’accélérateur, direction Versailles.
Conrad relisait encore et encore son rapport et se demandait si la formulation qu’il avait utilisé était la plus appropriée pour annoncer un tel séisme. Versailles était désormais à moins de vingt kilomètres, il prit son téléphone et sélectionna un numéro dans son répertoire. Sans pour autant dévoiler la raison de sa venue, il avait averti de son arrivée.
- Mr Gautrin, je serai là d’ici quelques minutes, fit il d’une voix qu’il s’efforçait à garder sans émotion. Le rendez-vous est-il organisé ?
A l’autre bout du fil, Jacques Gautrin se posait de plus en plus de question
- J’ai transmis votre demande et...
Conrad le coupa net.
- On se comprend mal monsieur Gautrin, lança t-il d’un ton plus ferme, je ne demande pas, j’exige ! Vous me connaissez monsieur et devez vous douter que je n’arrive pas d’Autriche ce matin pour vous annoncer une demi nouvelle. Je dois voir les Présidents, insista t-il.
Jacques Gautrin ne chercha pas à en savoir plus. La seule fonction de Calderon justifiait d’accéder à sa requête, convint-il.
4
Ce matin-là, une fine couche de neige recouvrait le parking du Trianon Palace de Versailles. Les Ferrari, Porsche et autres Mercedes qui y stationnaient habituellement avaient laissé place à des cars et des voitures de police alignés en ordre militaire. L’absence de neige sous chaque véhicule des forces de l’ordre signifiait qu’ils étaient groupés là depuis plusieurs heures, avant que la région ne s’habille de blanc. Sarah avait une place réservée, en sous-sol, au parking du personnel. Si elle avait pu franchir la grille d’accès au parc de l’hôtel quitte d’un simple contrôle d’identité, elle allait devoir montrer patte blanche pour accéder au bâtiment principal du palace qui était, lui, entièrement sécurisé. Elle s’était amusée à estimer le nombre de fois qu’elle allait être contrôlée entre le parking et l’entrée de l’hôtel. Quatre fois, pensait elle, se sentant gagnée par le stress.
Derrière elle, approchant à son tour de la grille, une cigarette à la bouche, Walter Collins, journaliste de la BBC, présentait son passeport et sa carte de presse. On lui indiqua l’endroit où avait été aménagé la salle de rédaction. Non fumeur lui précisa t-on, tandis qu’il écrasait son mégot sous la semelle de sa chaussure droite. Installée dans le bâtiment annexe de l’hôtel, l’immense salle de rédaction pouvait accueillir près d’une centaine de journaliste. Ils étaient venus du monde entier couvrir l’événement qui se préparait.
5
Cela faisait presque deux ans que le directeur du Trianon Palace de Versailles avait appris que son hôtel serait réservé dans sa totalité pour que s’y déroule le 103ème sommet du G10, les 11 et 12 février 2077.
Il avait été convenu que l’hôtel serait vide de clientèle et fermé à tout public au moins deux jours avant le début du sommet. Seuls quelques employés, triés sur le volet et dont les identités auraient été préalablement transmises aux renseignements généraux pour enquête, seraient autorisés à pénétrer dans l’établissement. Sarah en ferait partie.
Un sommet demande plusieurs mois de préparation. En amont de celui-ci, les représentants des Chefs d’Etats - appelés sherpas en référence aux porteurs himalayens, indispensables par l’aide qu’ils apportent aux alpinistes pour atteindre les sommets des montagnes - se retrouvent à plusieurs reprises lors de séances préparatoires. Jacques Gautrin était le sherpa français de ce sommet.
L’origine même d’un principe de réunion de travail entre les dirigeants des pays les plus puissants du monde remontait à l’année 1975. Le Président français de l’époque, Valery Giscard D’Estaing avait invité les dirigeants du Japon, de l'Allemagne, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l'Italie à une réunion au château de Rambouillet, non loin de Paris. Il s’agissait alors d’une rencontre en comité restreint dont l’objectif était de discuter de la situation économique mondiale du moment. Les dirigeants convinrent ensuite de rendre l’événement annuel. En un demi siècle, Le Groupe passa de 6 à 10 membres et réunissait désormais le Canada, la Russie, l’Inde et la Chine en plus des pays fondateurs. Dernière étape à avoir marqué l’histoire du Groupe, entre 2027 et 2031, un mouvement d’uniformisation des régimes et des structures politiques s’était engagé au niveau mondial. l’Allemagne avait perdu son chancelier. Le Royaume-Uni et Canada avaient perdu leur couronne, le Japon son empereur. Les quatre états s’étaient reconstitué en régime présidentiel.
6
Conrad Calderon arrivait au Trianon. Il avait convenu avec Gautrin d’une arrivée discrète pour éviter les médias, le chauffeur le déposait donc devant la zone livraison de l’hôtel. Gautrin l’y attendait. Ils s’engouffrèrent ensemble dans les entrailles du palace.
- Les Chefs d’Etats vous attendent et je vous avoue qu’ils sont très nerveux. Votre fonction et l’insistance que vous avez montrée à convoquer cette réunion secrète, avant même le début du sommet, les conduit à imaginer les pires révélations.
Le discours d’ouverture du 103ème sommet des 10 pays les plus puissants du monde que devait prononcer le Président français, en sa qualité d’hôte, était programmé pour 9 heures du matin. Si les séances de travail étaient prévu pour se dérouler dans le salon « Colbert 1 » aménagé pour la circonstance, les différentes conférences de presse se donneraient depuis le salon « Clemenceau », suffisamment grand pour accueillir à la fois les officiels, les organisateurs et les journalistes. Il était maintenant 10h15 et personne ne savait où se trouvaient les Présidents. Personne, sauf leurs sherpas respectifs mais qui avaient tous pour consignes expresses :
1- ne rien révéler de la réunion qui s’était improvisée dans le salon « Colbert 2 ».
2- ne les déranger sous AUCUN prétexte.
Les sherpas savaient donc où se trouvaient les dix Présidents mais n’étaient pas dans la confidence quant au sujet sur lequel portait leur réunion. Ils commençaient sérieusement à s’inquiéter.
Ils n’étaient pas les seuls. Dans le hall du palace, les journalistes présents pour couvrir le sommet n’attribuaient pas ce retard à un quelconque contretemps de l’organisation. Walter Collins avait même plaisanté avec Harry Weston, son confrère de CNN, souhaitant aux Présidents d’avoir une bonne raison pour les faire poireauter comme ça. Tous essayaient de savoir ce qu’il se tramait. Tout comme Sarah.
Voilà 3 mois que Sarah Lemoine travaillait à ce que le Trianon Palace soit prêt à accueillir ce sommet. En temps normal, elle était chargée de l’organisation des différents séminaires et congrès qui s’y déroulaient tout au long de l’année. C’était donc tout naturellement que son directeur lui avait demandé d’être le relais direct et exclusif de l’hôtel auprès des organisateurs et officiels du sommet.
Il était 10h48 quand le téléphone portable de Jacques Gautrin vibra au fond sa poche. Son Président était au bout du fil. Enfin, songea t-il. L’appel ne dura que quelques secondes. Jacques Gautrin se hâta d’aller informer les autres sherpas de la teneur de ce coup de fil : Le dirigeant français avait parlé au nom du Groupe des 10 et venait de lui demander de convoquer les médias pour 11h30, une conférence de presse de la plus haute importance serait organisée dans la salle Clemenceau.
Les sherpas, regroupés dans la salle « Colbert 1 » – qui aurait dû, à cette heure-ci, être occupée par les Chefs d’Etats en séance de travail –, échangeaient leurs avis sur ce qu’il pouvait se passer. Plus tôt dans la matinée, Jacques Gautrin les avait réuni pour les aviser de l’arrivée imminente de Calderon. Depuis, chacun y allait de son hypothèse, de la plus cocasse à la plus inquiétante.
7
Conrad Calderon était prostré, seul, dans un coin du salon « Colbert 2 ». Il semblait très affecté au sortir de cette réunion avec les Chefs d’Etats. Il n’aimait pas être porteur de mauvaises nouvelles. Il avait pourtant dû en annoncer une des pires. Pour ajouter encore à sa peine, il angoissait que l’Histoire ne le retienne que comme l’homme par qui le malheur était arrivé. Sortant enfin du salon, il ralluma son téléphone portable et sélectionna « Anna » dans son répertoire. Il avait, à cet instant, besoin d’entendre la voix de sa femme. Il lui dirait qu’il serait de retour à Vienne en début d’après midi et lui demanderait surtout d’allumer sa télé. Elle comprendrait enfin pourquoi il avait été si bizarre et absent ces derniers jours.
Le téléphone d’Anna devait être éteint puisque Conrad était invité par une voix robotique à laisser un message sur son répondeur. Il raccrocha aussitôt. Il eut sur le moment très envie de tester la résistance de son téléphone contre les murs du palace mais il essayait surtout de ne pas se laisser envahir par la rage et la haine de cette journée dont rien, décidément, ne ressortirait de bien. Portant ses mains à son visage, il se frotta vigoureusement le front, comme pour retrouver ses esprits. Il se claqua les joues pour se redonner de la force, jeta un dernier regard à l’intérieur du salon puis ramassa son attaché case à ses pieds et s’éloigna du « Colbert 2 ». Après avoir traversé le couloir désertique du troisième étage conduisant à l’ascenseur de service, il monta dans la cabine et la programma pour le sous-sol. Il repasserait par la zone de livraison pour rejoindre sa voiture. Il avait demandé au chauffeur d’y rester stationné, quelque fut le temps que prendrait ce qu’il avait à faire, lui avait-il précisé.
8
Walter Collins était sorti fumer une cigarette. Quand il aperçut Conrad Calderon sortir de l’hôtel et grimper dans cette grosse voiture noire il en laissa tomber sa Marlboro.
- Monsieur le Secrétaire Général, cria-t-il, en direction de la voiture qui quittait l’hôtel dans un vrombissement infernal.
Harry Weston savait où trouver son confrère de la BBC, il arriva en courant sur le parking et l’informa que, de source sûre, le sommet allait être annulé. Une conférence de presse était convoquée pour 11h30. Les deux hommes se regardèrent, sans rien comprendre de ce qu’il se passait.
Walter Collins était journaliste à la BBC depuis vingt deux ans. Spécialiste en politique internationale, il avait couvert de multiples sommets, réunions et conférences tout autour de la planète. Familier de tous les protocoles et aguerri aux différentes techniques de communication en matière de politique et de diplomatie, il n’avait pourtant jamais vécu un tel scénario. Il envisageait donc toutes les possibilités, même les plus inquiétantes. Il saurait dans moins d’une heure.
Sarah Lemoine venait aussi d’appendre la probable annulation du sommet. Pour l’instant elle s’activait au réaménagement du salon « Clemenceau ». La salle était, depuis la veille, aménagée pour le discours d’ouverture mais ne pouvait, dans cette configuration, accueillir une conférence de presse. Depuis son arrivée au Trianon, plus tôt dans la matinée, elle ne cessait de se répéter à toutes les étapes du travail qui lui avait été confié : « jusqu’ici, tout va bien » et c’était presque avec soulagement, comme un cartable trop lourd qu’on enlève du dos d’un enfant, qu’elle attendait la confirmation de l’annulation du sommet. Elle n’avait pas été surprise par l’extraordinaire machinerie que constitue l’organisation d’un sommet d’une telle importance mais en avait sous-estimé le stress que cela pouvait générer. Chez elle en tout cas.
9
Le micro était désormais branché, la conférence pouvait commencer. Le monde était pendu à ses lèvres, et d’un ton grave le Président français, entouré des autres Chefs d’Etats, déclama :
- Mesdames, Messieurs, je parle au nom des Présidents du Groupe des 10 ici présent mais également au nom de l’ensemble des Chefs d’états du monde, qui viennent d’être informés, pour ceux qui ne l’étaient pas déjà, de ce que je m’apprête à vous annoncer. Je vous demande avec insistance de bien vouloir ne pas m’interrompre. Ceci n’est pas un discours mais une déclaration : Voilà maintenant deux heures, Conrad Calderon, Secrétaire général de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, nous apprenait, avec force détails, rapports et études scientifiques criantes et indiscutables, l’épuisement programmé à 20 ans des ressources mondiales de pétrole. Cette nouvelle, si brutale nous apparaisse-t-elle aujourd’hui, n’est finalement pas une surprise tant nous savions que le pétrole est une énergie fossile non renouvelable. C’était inéluctable.
Le choc de l’annonce passé, nous avons désormais deux décennies pour apprendre à vivre autrement, à consommer autrement, à fonctionner autrement…
- Allez vous ré autoriser la production de biocarburant, lança Walter Collins ?
Non ! Il n’en n’est pas question. Vous savez bien que les impératifs démographiques nous imposent depuis plusieurs années de réserver le produit de l’agriculture à la nourriture de l’homme et du bétail. La situation est préoccupante et nous devons nous mettre au travail, nous avons un nouveau monde à construire. Je vous remercie.
Tandis que les journalistes semblaient hurler d’une même voix leurs questions, les Présidents quittaient la salle, sans autres commentaires.
A quelques temps de là, l’avion de Conrad Calderon décollait direction Vienne.
Cette révélation eut l’effet d’un cataclysme. Elle se propagea aux quatre coins du monde en quelques minutes et provoqua, un rien de temps plus tard, le plus important Krach boursier de l’histoire. Au soir du 11 février 2077, le monde s’endormit en crise, inquiet et déjà différent.
10
Les jours qui suivirent la révélation au monde de cette nouvelle dévoilèrent les premiers effets de la secousse. Aucune firme automobile n’avait résisté à cette annonce et les chaînes de production de tous les modèles Essence et Diesel s’étaient arrêtées les unes après les autres. Le prix du baril de pétrole avait déjà doublé pour s’établir à près de 350 dollars et toutes les entreprises dépendant, de près ou de loin, de l’or noir s’enfonçaient inexorablement dans la crise. Les compagnies pétrolières ne résisteraient que bien peu de temps à cette nouvelle donne énergétique.
Le 10 juin 2099, le dernier baril de pétrole se vendit 1289 dollars. Le dernier vol d’avion fut celui d’un Boeing d’American Airlines qui effectuait la liaison New York- Londres. Un billet en seconde classe se monnayait alors 57.000 dollars.
En 2101, le monde avait déjà bien changé. Comme un très improbable retour en arrière, les écuries avaient remplacé les parkings. Seules les navigations à voile et à vapeur permettaient encore d’entretenir quelques relations commerciales entre l’Europe et les amériques. Pour les transports intracontinentaux, on avait entreprit la construction d’un immense réseau de chemin de fer. Ce qu’il restait du marché automobile – Chevrolet, Mercedes et Nissan étaient les seuls marques vivotant encore - était un infime parc de voitures électriques, solaires ou roulant à l’hydrogène et dont les exorbitants coûts de fabrication, de fonctionnement et d’entretien faisaient qu’elles étaient réservées à une minuscule élite. Etre riche ne suffisait pas.
Et alors que tous les scientifiques du monde s’étaient fixés comme objectif, 30 ans plus tôt, la création d’un carburant de substitution, le 22ème siècle commençait à dos de cheval. Une bonne nouvelle pour l’environnement, une beaucoup moins bonne pour l’économie. Les pays du golfe arabo-persique s’étaient effondrés les uns après les autres et vivaient tous de l’aide quotidienne de la communauté internationale, en tout cas de ce qu’il en restait. Les Etats-Unis avaient perdu de leur superbe. En effet, pour ralentir leur chute dans les bras du Quart-monde, les pays du golfe avaient petit à petit revendu tous les avoirs qu’ils possédaient aux Etats-Unis, affaiblissant considérablement l’ancienne première puissance mondiale. La seule Arabie Saoudite avait cédé plus de mille milliards de dollars d’actifs. L’Amérique moribonde, seuls l’Europe et le Japon croyaient encore à des jours meilleurs.
Dans les années qui suivirent, la situation économique se stabilisât quelque peu. Aucun produit miracle n’avait encore été trouvé en remplacement de l’or noir mais des projets étaient menées tous azimuts et certains axes de recherches donnaient de bons espoirs, de très bons même puisque John Kipling, candidat démocrate à l’élection présidentielle américaine à venir, allait jusqu’à promettre à ses compatriotes un substitut de pétrole à moindres frais en cas d’élection !
Il fut élu sans effort…
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Je m’appelle Muhamad El Bachir. Je suis saoudien. Nous sommes le 18 Mars 2209.
Je travaille au repiquage du riz dans les rizières du sud de mon pays. L’Oxidente Company, mon employeur, y développe, depuis quelques années, un riz de toute nouvelle génération. Il a été génétiquement modifié et peut désormais se cultiver par inondation en eau de mer. Ainsi, le littoral de tous les pays du golfe est consacré à la culture du riz qui représente désormais la base de notre alimentation.
Depuis 35 ans que je travaille à l’Oxidente Company, celle-ci nourrit gratuitement ma famille et veille à notre bonne santé.
La contrepartie de cet acte de générosité incroyable?
Elle est que je suis du groupe sanguin AB et que depuis près de 34 ans je donne mon sang 2 fois par mois à l’Oxidente Company.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que la dernière Chevrolet en consomme deux litres aux 100 kilomètres…
Un substitut au pétrole à moindres frais, Kipling l’avait promis. Et ainsi va la vie, en 2209 les pauvres donnent leur sang pour que les riches roulent encore.
Cette dernière prise de sang tournera mal et j’y resterai, il paraît que ça arrive…
Comment a-t-on pu en arriver là ?
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